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19 mai 2006
ROYAL SORT DU BOIS
ANALYSE DE SON DISCOURS ET REVELATION : ELLE N'EST PAS SOCIALISTE
Pour la première fois, Royal dévoile sa philosophie politique. Ce n'est pas un programme - loin s'en faut - mais son interview dans Les Echos du 19 mai 2006 révèle des vues plutôt distantes du PS "officiel". Elle révèle également une certaine maladresse qui peut être rédhibitoire lors d'un débat ou d'un face à face. Pour vous donner quelques armes lors de discussions "amicales", voici en synthèse ce que dit Ségolène Royal et quelques arguments pour étayer votre position en tant qu'UMP. Mon objectif : en analysant son discours, tenter de faire comprendre qu'elle n'est pas une femme de convictions, mais une candidate opportuniste
- A propos des événements de ces douze derniers mois (référendum, crise des banlieues, CPE, Clearstream…)
" Quand il n'y a plus de désir d'avenir, la machine à dépression économique s'installe"
ARGUMENT : une affirmation gratuite sans fondement. Elle doit être la seule à penser en France et dans le monde que nous sommes en situation de dépression économique. Nous sommes en revanche en période de lourdes mutations planétaires. Cette confusion des mots révèle que SR est plus attachée aux formules emphatiques qu'à la réalité des faits.
- A propos de la confiance des citoyens :
" L'optimisme individuel des Français s'accompagne d'un fort pessimisme collectif"
ARGUMENT : Là, posons-nous la question : l'INSEE a-t-elle fait une enquête nationale sur le sujet pour affirmer une telle ineptie ? Les politiques et singulièrement la Gauche ont pour mauvaise pratique de s'attribuer les sentiments des Français par des allégations invérifiables mais qui "font bien" dans le discours.
- A propos du monde qui change :
" …le vieux compromis fordien est mort mais aucun "bon deal" aucune "nouvelle donne" ne l'a encore remplacé".
ARGUMENT : Je connais le mot "Fordisme", mais "fordien" c'est nouveau et "ségolien" ! Prendre la standardisation de la production industrielle imaginée par Henri Ford et l'accepter de fait comme modèle, voilà qui est une bien curieuse attitude pour une socialiste.
- " Le discours sur le CPE a été d'autant plus mal ressenti qu'il a été porté par ceux qui ne connaissent pas la précarité".
ARGUMENT :cette formule est "magnifique" d'ânerie et de malhonnêteté intellectuelle ! D'une part SR n'a évidemment jamais connu elle-même la précarité et d'autre part et surtout, il faudra qu'elle m'explique comment un malheureux SDF ou un smicard pourraient être un jour à l'origine et porteur d'un projet de loi sur l'évolution du Code du Travail ? Stupide, mais une belle phrase.
- A propos du patriotisme économique :
"…Mais il faut être honnête et ne pas interdire ce que nos entreprises s'autorisent à l'étranger"
ARGUMENT : Finalement SR avoue sans le dire être favorable à une OPA de Mittal sur Arcelor. Pour elle la mondialisation est donc inexorable ce que ne prônent pas les socialistes avec autant de clarté. Il faudra aussi m'expliquer comment elle résout le paradoxe de sa position lorsqu'elle affirme à propos de cette même mondialisation que " accepter n'est pas subir".
- " Il y a une confusion malheureuse entre la financiarisation de l'économie et l'entreprise".
ARGUMENT : Passons sur le mot "financiarisation" qui n'existe pas dans la langue française et voyons plutôt l'incohérence de cette nouvelle affirmation. Il est vrai que la présence massive des fonds de pensions US sur toutes les places boursières est inquiétante, mais le PS a-t-il lutté pour contrer ce phénomène. Non, jamais ! Et les socialistes pas plus que SR ou d'autres n'oseront jamais expliquer au peuple français qu'il est impossible de contraindre les fonds US de ne pas investir dans l'économie française sauf, bien entendu, à ce que celle-ci ne soit plus attractive. Ce qui alors reviendrait à dire que la France et son économie sont à genoux.
- A propos des 35 heures :
" Des assouplissements ont déjà été apportés. Peut-être faut-il aller au-delà pour que ceux qui veulent travailler plus puissent le faire…"
ARGUMENT : nous sommes d'accord avec SR qui se pose ici en adversaire de sa consoeur Martine Aubry qui vient d'ailleurs de subir un échec et un désaveu du PS pour trouver une circonscription à Lille. Conclusion sur les 35 heures et la flexibilité : SR est d'accord avec la droite libérale sur un point majeur de politique sociale. Pour elle il semble clair que le régime des 35 heures peut et doit être encore assoupli lorsque cela s'avère nécessaire. Ségolène une fois de plus n'est pas en ligne avec son parti et se rapproche sensiblement des idées de la droite libérale.
- A propos de la représentativité des syndicats :
"Il faudra créer en France un syndicalisme de masse, pourquoi pas par une adhésion obligatoire au syndicat de son choix ."
ARGUMENT : avoir des élus syndicaux réellement représentatifs des salariés en face des pouvoirs publics...le simple bon sens. Mais le PS a toujours été contraint de ne jamais heurté le PC et la CGT injustement omnipotente depuis 1945. Pour une socialiste, avoir le projet d'imposer une adhésion syndicale à tout salarié est un comble difficilement défendable.
- A propos du coût du travail qui est élevé en France :
" Oui, mais pas à cause des salaires, à cause des charges"
ARGUMENT : Un avis que l'on entend plus souvent aux réunions du MEDEF que durant les meetings du PS. Ségolène se rend-elle vraiment compte de ce qu'elle dit. Dans tous les cas, en intégrant dans son programme une baisse des charges elle risque fort de capter les suffrages de tous les chefs d'entreprise, mais plus sûrement encore de perdre l'investiture socialiste. Excellent. Incohérent.
- A propos du traitement social du chômage :
" Ceux qui se situent en bas de l'échelle des salaires ont souvent le sentiment qu'il n'est pas juste que d'autres touchent autant avec des revenus d'assistance"
ARGUMENT : nous sommes d'accord avec SR sur ce point crucial. Mais alors, quelle différence avec la politique actuellement mener par le gouvernement qui consiste à tout faire pour redonner un emploi à ceux qui en cherchent vraiment un et à exclure les tricheurs, voire même les fraudeurs ? SR n'invente donc rien et la même phrase dans la bouche de Nicolas Sarkozy n'étonnerait personne. N'est-ce pas curieux pour une socialiste ?
- A propos du poids de la dette du budget de l'Etat :
" Oui, la gauche doit se donner pour objectif de réduire les déficits "
ARGUMENT : Facile à dire, impossible à faire quand on se dit de gauche. La droite a parfaitement conscience que le navire France doit arrêter la machine infernale du déficit des finances publiques, chronique depuis 25 ans, autrement dit depuis l'arrivée de François Mitterrand en 1981 faut-il le rappeler !
Je dois m'attarder sur ce sujet en fournissant un éclairage sur la dette publique et sur les moyens de la réduire progressivement. Il faudra environ 5 à 6 années pour revenir à une situation acceptable.
Tout d'abord rappelons que notre dette nationale se situe dans la fourchette 1.000 à 2.000 milliards €. Pourquoi un tel écart ? Tout simplement par ce qu'il y 2 façons de compter. Soit la dette nette comptable, elle est alors de l'ordre de 1.000 milliards, soit la dette + les engagements sociaux que sont notamment les indemnités de fin de carrière dues aux fonctionnaires. Nous passons alors à une dette de l'ordre de 1.900 milliards. Les IFC ne sont pas au sens strict du terme une dette, mais elles n'en constituent pas moins une somme que l'état devra payer durant les 10 à 15 années qui viennent (les engagements hors bilan que toute entreprise doit normalement provisionner).
Cela étant dit, voyons les principales raisons de notre endettement :
1. Notre fonction publique est structurellement trop lourde. Pourquoi ?
- ses effectifs sont non négociables et en hausse constante
- le principe d'égalitarisme : non au mérite
- le côté irréversible des acquis
2. Un syndicalisme trop politisé
- Des syndicats non représentatifs des salariés
- La main mise de la CGT depuis 1940
- Les grèves et les méthodes employées ( à quand une évolution de la loi sur la grève ?)
3. Le gaspillage chronique
4. La non-responsabilité des fonctionnaires
Tout cela pour dire que Ségolène Royal a raison de vouloir réduire la dette mais elle n'en aura pas les moyens politiques et syndicaux. Sa promesse de réduire la dette n'est donc pas crédible si elle n'est pas accompagnée d'un plan d'actions. Or mêmes causes mêmes effets et qu'il soit socialiste ou libéral, le gouvernement post présidentiel en 2007 ne pourra réduire la dette qu'en affrontant les différents dossiers définis ci-dessus.
- A propos des institutions et de la culture françaises
" La rigidité, c'est le meilleur moyen de ne rien changer"
ARGUMENT : Quel culot ! Alors que le PS refuse, au titre d'une prétendue défense de l'emploi et du progrès, toute tentative d'évolution du Code du travail, voilà que SR affirme qu'il faut que la France bouge et admette la souplesse. Le CPE fut certes une terrible maladresse politique mais tout le monde s'accordait à penser qu'il aurait valu la peine de l'essayer. C'est même probablement ce que pensaient secrètement de nombreux socialistes, pourtant contraints de se taire sauf à prendre le risque de subir la vindicte de leur propre camp. Dans tous les cas, entendre de tels propos de la bouche de Ségolène Royal est proprement stupéfiant puisque durant la crise du CPE elle répétait qu'il ne fallait surtout pas toucher au Code du Travail. Belle exemple de rigidité car laquelle elle s'insurge aujourd'hui !
- A propos de "l'ordre juste" qui serait un thème de droite :
" Absolument pas. La droite, c'est l'autoritarisme, l'injustice et le désordre qui en résulte. Je défends moi, un ordre qui procède de la justice et une autorité fondée sur des valeurs partageables"
ARGUMENT : Pour reprendre une réplique célèbre de VGE, SR aurait donc "le monopole du cœur". D'après SR, la Gauche est la vertu même, la Gauche n'a jamais eu "d'Affaires". Sur ce terrain SR ne peut jouer les chevaliers blancs.
- Dernière phrase de l'interview des Echos :
"…partout le Droite sème l'injustice et crée le désordre"
ARGUMENT : SR utilise avec pertinence et crédibilité pour des oreilles bienveillantes, la chienlit des 8 ou 12 derniers mois du Gouvernement De Villepin, dont les maladresses politiques tombent mal à un an des Présidentielles. Le système d'attaque de Royal peut porter et portera ses fruits électoraux sur une partie des Français. Mais cette partie est bien capable de l'emporter lors d'un second tour dont je suis convaincu qu'il se jouera à la marge, sur quelques dizaines ou centaines de milliers de voix (comme en Italie, comme en Allemagne ou même comme aux USA).
Royal est une candidate dangereuse pour la droite, car nombre de Français voteront pour une personnalité qui ne tombera pas dans le piège d'une explication économico-scientifique de notre situation et ayant réponse à tout. La France votera pour une personnalité qui saura lui faire croire avec des mots simples que les choses sont simples. Royal est dangereuse parce qu'elle est télégénique et que contrairement à ce que disent ses adversaires…c'est une femme. Tout simplement. Et cette qualité chromosomique peut suffire à masquer ses défauts politiques.
Ségolène Royal n'est pas socialiste
Si Royal manipule les vérités économiques et sociales, Ségolène ment aussi politiquement. Ce n'est pas une femme de gauche. Quand on observe avec attention la sémantique de son interview dans Les Echos (comme nous venons très modestement de le faire) on s'aperçoit immédiatement que c'est une candidate dévorée par une ambition aveuglante qui l'amène à oublier les valeurs défendues par son propre camp.
A mon sens...
Souhaitons que Ségolène Royal multiplie les interviews de ce type qui, à ma connaissance, était sa première dans un journal économique depuis qu'elle est au firmament des sondages. Ses positions actuelles ne peuvent avoir qu'une conséquence : l'éloigner de l'électorat d'une gauche pure et dure qui n'a pas oublié la phrase du candidat Lionel Jospin en 2002 : "Mon programme n'est pas un programme socialiste". Cela l'a tué, en tout cas jusqu'à aujourd'hui. Car il se pourrait bien qu'il mette tout le monde d'accord au PS le moment venu. Mais cela est une autre histoire, sur laquelle je reviendrai avant longtemps car c'est à mon sens le vrai danger pour les libéraux en 2007.
Dans tous les cas et pour conclure, si les positions de Royal étaient inspirées d'une gauche dogmatique, elle serait en concurrence frontale avec Laurent Fabius. Son discours est donc plutôt celui d'une gauche libérale (elle ferait finalement une excellente candidate sous l'étiquette UDF, une remarque politiquement incorrecte j'en conviens!).
Mais lorsque la pression électorale augmentera et que les hiérarques du PS monteront au créneau ( Strauss-Khan, Lang, Hollande, Emmanuelli, Kouchner…et peut-être d'autres encore comme Montebourg par exemple) la "charmante" Ségolène a du souci à se faire car en débat public, je ne pense pas qu'elle fera le poids face à cette concurrence. Sa victoire aux primaires socialistes est loin d'être acquise. Et si elle l'obtenait, plusieurs candidats socialistes se maintiendront au premier tour. Une excellente perspective pour la droite. La meilleure a dire vrai.
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