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07 juin 2006
NE NOUS ENDORMONS PAS !
Dans le "projet de projet" socialiste qui vient de sortir, il est manifeste que certains ont du avaler quelques couleuvres. Si Fabius peut être satisfait du virage à gauche, Royal n'est pas totalement désavouée, loin s'en faut. Il est un point touchant à nos institutions qui me semble intéressant tant sur le plan tactique que politique.
Pourquoi "projet de projet" ?
Il suffit de découvrir ce matin dans la presse les différents commentaires de quelques grandes figures du PS pour pouvoir affirmer que le texte subira de très profonds aménagements d'ici 2007, au point d'ailleurs qu'il n'aura assurément plus rien à voir avec la première mouture d'aujourd'hui. Quelques exemples de réactions :
" Il n'y a plus de projet, Ségolène l'a tué" selon Arnaud Montebourg ( membre du Bureau National)
" Un catalogue de propositions partielles et insatisfaisantes" selon Jack Lang (membre du BN)
" Certains font campagne à l'extérieur sur d'autres propositions que celles du PS", selon Bertrand Delanoë (membre du BN)
Alors que Claude Allègre (non-membre du BN) regrettait la veille, en parlant indirectement de Royal, "les exemples de cette navrante société des apparences" ou encore Jean Glavany (membre du BN) qui réclame "un Président engagé sur le fond des convictions…et non sur la forme médiatique". Quand à Fabius qui doit s'estimer heureux du net positionnement à gauche il déclarait en substance ce matin sur Europe 1 que tout allait bien.
Bref, il fallait bien que le Bureau National - composé de 74 membres* - sorte au milieu de la nuit avec un pseudo consensus dans les mains. Le texte révèle une ambition qui n'est rien moins que de s'opposer au reste de la planète, jugez plutôt : "transformer la société" face à "la domination de la finance mondiale", ce qu'il m'est difficile de ne pas qualifier d'utopisme dogmatique, cela étant probablement le prix à payer pour que ce projet ait été signé à l'unanimité. Quelques-uns de ses autres "points forts" : le SMIC à 1500 euros d'ici 2012 pour relancer l'économie (sic), un "bouclier logement" pour les plus démunis, une "couverture professionnelle universelle" et surtout l'avènement d'une "République parlementaire".
Un projet qui prévoit une modification de nos institutions
Royal a marqué un point dans les esprits du PS avec le concept de démocratie participative et le projet prévoit également de revaloriser le pouvoir du Parlement. C'est une bonne chose, qui est d'ailleurs prévue depuis longtemps dans le projet UMP. Le PS n'invente donc rien.
Sujet plus sensible, la responsabilité pénale du Chef de l'Etat. Le projet PS parle ici d'un équivalent à la française de l'"empeachment" américain, qui coûta cher à Richard Nixon ( Watergate) et à Bill Clinton (Monica). Cette intention n'est pas nouvelle puisqu'elle faisait partie du programme du candidat Chirac en 2002 et la commission Pierre Avril avait proposé en 2003 un projet en de nombreux points comparables, projet qui ne fut jamais inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée. Mais aujourd'hui c'est habile sur le plan tactique de la part du PS qui souligne indirectement ce qu'il perçoit comme les errements de notre Président Jacques Chirac, tout en coupant en partie l'herbe politique sous le pied de l'UMP. Il eut été en effet difficile à Nicolas Sarkozy d'inclure un tel chapitre de façon explicite dans le projet UMP sans déclencher une guerre ouverte et violente avec le Président de la République. Le Bureau national PS a parfaitement assimilé cette difficulté du grand parti de la majorité et il en profite. Entre nous, je trouve cela bien joué politiquement.
Le temps, tous les droits !
Maintenant, cela doit rappeler à nos dirigeants de l'UMP qu'ils ne doivent pas s'endormir sur le changement, ou pour le moins sur les évolutions en profondeur de nos Institutions.
Cela étant, il ne faut pas partir trop tôt. Une campagne présidentielle ressemble à un marathon. Il ne faut pas user toutes ses cartouches et toute son énergie dans les premiers kilomètres.
* D'après la liste des membres du Bureau National affichée sur le site PS, Royal n'apparaît pas (au 8 juin 2006)
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