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22 juillet 2006

L'EDUCATION NATIONALE FAIT DE LA RESISTANCE

En février 2006, Nicolas Sarkozy traçait les grandes lignes de ce que devrait être notre chaîne éducative de la maternelle au lycée. Un récent rapport des inspections de l'Education Nationale - révélé par l'AEF* - pointe du doigt de graves dysfonctionnements dans l'application de la loi Fillon.

En janvier 2006 rentrait en vigueur la loi rendant obligatoire le remplacement d'un maître ou d'un professeur absent. Pour faire simple et sans rentrer dans le détail cette étude révèle qu'au mieux 50% des enseignants absents pour une courte durée sont remplacés et que de nombreuses académies afficheraient plutôt des taux de 30% voire même de 20%.

Conclusion : la loi n'est pas appliquée.
Bien entendu les raisons invoquées sont multiples : impossibilités structurelles ou budgétaires, réticences de nombreux enseignants qui n'aimeraient pas confier leurs élèves à d'autres même ponctuellement, directeurs d'établissement n'aimant pas contraindre leurs professeurs et collègues à prévoir eux-mêmes leurs remplacements, isolement et harcèlement de la part des enseignants syndiqués contre ceux qui acceptent de faire des remplacements …etc, etc !
Aucune de ces raisons n'est à mon sens acceptable. Elles confirment surtout une très vieille antienne : l'Education Nationale est un état dans l'état. Nicolas Sarkozy avait habilement évité de parler trop brutalement sur ce sujet extrêmement sensible. Pourtant, la réalité et la clé du problème sont là. Ceci n'est pas un scoop, et chacun sait :
- que les principaux syndicats d'enseignants font de la résistance dès qu'un changement altère leur liberté et touche à leur pré carré.
- que la connivence, voire même la collusion inavouables des syndicats avec les structures de l'Education Nationale aboutit au verrouillage du système et ce, depuis plus de 50 années.

Je sais pourtant que de nombreux jeunes enseignants sont favorables à cette loi - deux membres de ma famille sont enseignants - mais seront-ils assez forts pour renverser les tendances avant que le système ne brise leurs bonnes intentions. Pour un politique, il est évidemment difficile de savoir par où prendre ce porc-épic national. Le passé a souvent, voire toujours démontré que c'était pratiquement impossible. Il faut procéder par petites touches successives et...discrètes ! Dans le monde de l'éducation le "Grand Jour" ne peut exister...il faut se contenter de..."Petits Jours" qui distillent les bonnes pratiques.
Nous sommes fiers de croire que notre système éducatif est parmi les plus performants du monde. Très bien ! Alors il faudra m'expliquer pourquoi près de 20% de nos enfants qui rentrent en 6ème sont considérés comme n'ayant pas assimilé les fondamentaux de notre langue - élément clé de toute intégration économique et sociale - et pourquoi quasiment la moitié d'entre eux est carrément analphabète.
Je veux bien croire que nos enseignants sont effectivement de bons professeurs, plutôt bien formés sur le plan pédagogique. Il nous faut donc incriminer le système et ce système est le fortin...pardon la forteresse Education Nationale.
Parmi les grandes réformes que le prochain Président devra impérativement entreprendre, l'enseignement est un dossier clé, comparable en cela à la facilité d'accéder à la propriété de son logement (un sujet que j'ai traité récemment, cf colonne de droite : Notes récentes).
Donc, par où prendre ce porc-épic ? J'ai une petite idée sur le sujet. Elle est toute simple, certains la qualifieront même de naïve : trouver les gisements d'économie (meilleure gestion globale, répartition et affectation budgétaires plus rigoureuses, délégation de plus vastes responsabilités aux chefs d'établissement autres qu'administratives,…etc) avec pour unique objectif de revaloriser les salaires des maîtres et des professeurs de 25 à 50% selon les cas, sans dépenser un sou de plus. Et vous verrez…en quelques années comme par miracle les comportements changeraient radicalement : les remplacements se feraient très naturellement, les meilleurs enseignants et les plus travailleurs seraient récompensés par une augmentation rapide de leur rémunération, les chefs d'établissements géreraient mieux leurs écoles, collèges ou lycées...etc.

C'est bien entendu plus facile à dire qu'à faire...
mais n'oublions que nos professeurs sont mal payés et qu'il est indécent de faire un calcul par rapport aux heures réelles passées en classe. Ceci ne veut rien dire.
Je suis donc convaincu que le paramètre des salaires est la source de nombre de problèmes qu'aucune réforme réglementaire ou nouvelle loi ne peuvent réellement résoudre. Lorsqu'une nouvelle loi essaie de palier un problème, il est trop tard car le mal est largement plus en amont. Le réhaussement significatif des salaires de nos professeurs est LE premier moyen pour briser la spirale vicieuse. Il irait bien entendu de paire avec une nouvelle gestion d'ensemble afin, je le répète, que sans dépenser un euro de plus notre Education Nationale redevienne une fierté républicaine offrant à tous une rélle égalité des chances.


POUR MEMOIRE
Nombre d'heures d'absences prévisibles : 2 millions/an
+ Nombre d'heures d'absences imprévisibles = 5 millions/an
+ Nombre d'heures d'absences pour raisons diverses = 8 millions/an
Moyenne nationale par enseignant : 20 heures


* Agence Education Formation est une agence de presse spécialisée sur les problèmes d'enseignements

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