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26 juillet 2006

JE TOMBE SUR LA TETE !

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Ce matin, 26 juillet 2006, voici le titre à la Une de Libération : "Quand la droite joue à gauche" et en page deux "L'UMP grille la priorité à la gauche". Sujets concernés : fusion Suez-GDF, stock-options et actions collectives (class action). La démarche du quotidien de gauche est stupéfiante à bien des égards….

"Vous n'avez pas le monopole du cœur…"
Célèbre réplique de VGE à Mitterrand lors des Présidentielles de 74 (il y a …32 ans !), la gauche semble en perpétuelle découverte des bonnes intentions de la droite. Pour elle, le schéma social se résume toujours à… "les riches sont méchants et les pauvres sont gentils". Pour la gauche cela ne fait aucun doute : un député UMP est nécessairement mené par le seul appât du gain et un député socialiste par un altruisme sans borne. Quelle vision dogmatique du paysage politique.

Une inconcevable appropriation des idées.
Les dirigeants du PS ont un grand talent, celui d'être convaincus que la droite ne peut pas avoir d'idées ou de projets avec lesquels ils seraient d'accord. Dans leur esprit cela semble intellectuellement impossible, outre le fait bien sûr que cela leur coupe en grande partie l'herbe sous le pied.

Voyons les trois sujets concernés un à un.

. La fusion Suez-Gaz de France.
Nous nous rappelons tous que Nicolas Sarkozy, alors à Bercy, affirmait que la part de l'état dans le capital de GDF ne serait jamais inférieure à 70%, garantissant en cela sa mission de service public d'une part, et la protection du statut de ses salariés d'autre part. N'ayant que peu d'éléments pour me faire une idée, j'ignore si la fusion est pertinente sur le plan économique. Ce que je sais en revanche, c'est que les arguments du Gouvernement pour faire passer le projet sont fallacieux à quatre titres :
1. La mondialisation existait déjà en 2002, elle ne peut être invoquée comme un changement brutal du paysage économique planétaire venant justifier la privatisation de GDF.
2. Notre indépendance énergétique - notamment donc gazière – ne serait en aucun cas mieux protégée avec la fusion.
3. La fusion ne peut être un bouclier contre l'inflation du prix du gaz, celui-ci étant intégralement indexé sur le pétrole.
4. Si une fusion augmente effectivement la puissance d'achat, les économies réalisées ( à supposer qu'elles existent) ne profiteront jamais aux consommateurs.
Conclusion ; il vaut mieux tenir la promesse faite par Sarkozy à savoir : maintenir à GDF son statut et sa mission de service public ..à but non lucratif. Ce n'est vraiment pas le moment de s'entêter sur un tel sujet. L'énergie est un sujet stratégique, mais la fusion, si jamais elle devait avoir lieu, peut attendre.

. Les stock-options ! Même les Américains vont en modifier le fonctionnement.
Il faut que les deux journalistes de Libération m'expliquent en quoi la modification du fonctionnement des stock-options serait une idée de la gauche ! Oublions les scandales de quelques patrons indélicats et stupides; elles ont des conséquences économiques inversement proportionnelles au battage médiatique. A une époque, les stock-options étaient aux yeux d'un Strauss-Khan et d'un Fabius une formidable solution de motivation des troupes. A l'époque, on peut donc affirmer que la gauche était à droite. Tout cela n'a pas de sens au plutôt si : cela révèle une fois de plus que le clivage droite-gauche tel qu'il est définit en France ne repose plus sur grand chose. J'attends le jour où la droite applaudira une idée venue de la gauche et encore plus celui où la gauche applaudira une mesure prise par le droite. Ce jour là, je vous le dis, la France aura fait sa révolution.

. Action collective : de qui se moque-t-on ?
Le qualificatif de "collectif" ou de "class" plaît tellement à la gauche qu'elle s'en approprie l'origine. Pour le PS, une telle idée n'a pu germer que dans un cœur généreux. Mauvaise pioche, car une fois de plus nous savons que ce sont les Américains qui ont inventé le concept depuis plusieurs dizaines d'années. Et comme chacun le sait les USA sont le pays le plus à gauche de la planète. Les "class action" ne sont ni de gauche, ni de droite, bien que la programmation de son adaptation en France remonte indéniablement à fin 2004 début 2005 (Jacques Chirac).
En réalité, ce projet est un très très grand dossier pour l'avenir de notre Démocratie. La gauche est "malade" car elle vient de s'apercevoir que ce dossier idéal pour elle (la défense des pauvres contre les lobbies financiers et industriels) ne pourra plus faire partie de son programme. Et le Medef plutôt que de s'y opposer de façon frontale ferait mieux de réfléchir aux vertus réelles d'une telle évolution de notre droit sur les plans civil et commercial.

Libération est-il toujours un journal de gauche ?
Avouer que la droite joue à gauche est délicieux à constater. Libération est assurément et toujours à gauche, mais la rédaction semble se détacher des positions du PS. Un tel aveu ne va pas dans le sens d'une collaboration franche et sincère dont l'unique objet devrait être - me semble-t-il - de gagner les enjeux électoraux de 2007. Curieuse attitude que d'écrire en page 3 "Le PS, accaparé en interne par l'enjeu présidentiel, reste discret sur ces questions", alors que la fusion Suez-GDF a déjà généré plus de 30.000 amendements, un record depuis la création de la Vème République. Drôle de discrétion !
Non vraiment, la gauche n'est plus ce qu'elle était et c'est tant mieux.

Mais attention ! La prudence pour la droite reste un impératif. Durant les 10 mois qui arrivent TOUS les dossiers sont sensibles. Gros ou petits.

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