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30 juin 2007
DOSSIER (en 3 parties)
REGARDONS DANS LE RETROVISEUR (2/3)
L'histoire explique le profil de notre journalisme politique
Il faut regarder les situations de la presse à l'étranger, pour se rendre compte à quel point celle de la France est unique et décalée. Notre situation présente toutes les conditions d'un grave dysfonctionnement, tant sur les plans politique qu'économique.
En ce qui concerne la presse écrite, c'est l'histoire qui nous fournit une nouvelle fois de précieuses indications.
L'origine du mal remonte à 1945.
A cette époque bien sûr, la télévision n'existait pas et les radios ( la TSF) n'avaient pas encore de grande audience, si ce n'est pour les variétés.
Il fut reprocher à la presse écrite non seulement d'avoir accepté la défaite en épousant plus ou moins les thèses de Vichy, mais aussi d'avoir été pour une grande part responsable de la Collaboration. Souvent vérité, parfois allégation, les patrons des entreprises de presse furent écartés, leurs structures démantelées ou confiées à d'anciens résistants sans réelles compétences ad hoc ou à des partis politiques sans capitaux.
Absence de vision professionnelle au profit de dogmes politiques et manque chronique de fonds propres garantissant la pérennité, telles sont les racines du cercle vicieux et de la machine infernale qui venaient d'être créés.
Nous en payons encore les conséquences.
Premier drame : tout s'est joué durant l'Occupation
Les communistes, ayant été les principaux leviers et acteurs de la résistance durant l'occupation, exercèrent une pression énorme à la Libération, ceci expliquant l'origine de la sur-représentation des forces de gauche dans la presse française depuis cette époque.

Il est politiquement incorrect de le répéter et pourtant ! Les Résistants communistes voyaient dans leur implication patriotique le moyen de libérer la France du joug du IIIème Reich et de ses horreurs. Les innombrables actes héroïques doivent être salués et respectés. Mais les communistes voyaient plus loin. Ils préparaient aussi le terrain dans la perspective d'une domination de l'URSS de Staline, une fois la victoire acquise.
Ce sujet, toujours sensible, est encore aujourd'hui cause de polémiques.
Heureusement les forces alliées sont arrivées à temps à Berlin, leur jonction avec l'Armée rouge fixant la ligne de démarcation avec le bloc soviétique, qui explosa définitivement avec la chute du Mur en novembre 1989...quarante cinq années plus tard.
La presse française de 2007 a certes évolué, mais elle est encore globalement sous des préceptes édictés à la Libération. Il est intéressant de souligner que nos syndicats ouvriers sont dans la même situation. Là aussi le Parti Communiste a frappé durant cinquante ans.
Une presse écrite sous oxygène
Notre presse écrite fut donc, directement ou indirectement, soit sous l'oxygène de fonds publics, soit sous influence politique des partis de gauche ou d'extrême gauche, soit les deux.
Une seule exception cependant, globalement entre 1960 et 1990 : la Socpresse de Robert Hersant et son titre phare Le Figaro (depuis racheté par Dassault).
A la tête d'un groupe multi-titre très rentable, spécialisé dans la presse à l'exclusion de toute autre activité industrielle, Robert Hersant ne cachait pas ses sympathies pour la droite.
Mais la Socpresse et sa régie publicitaire (Publiprint) étaient financièrement indépendantes. Elles n'avaient rien à demander ou à attendre de l'état ou des industriels, sauf leurs mannes publicitaires bien sûr !
Quoiqu'on pense du personnage Hersant - sur lequel on pourrait dire beaucoup de choses peu flatteuses, d'ailleurs toujours en rapport avec la seconde guerre mondiale - c'était une situation saine sur le plan économique. Lui ne construisait pas d'avions de chasse !
Presse d'influence ou d'information, ce n'est pas le problème
Le problème de la presse française n'est pas de savoir si elle est une "presse d'influence ou d'information", comme l'expose Patrick Eveno dans Les Echos de cette semaine.
Tous les quotidiens ou magazines du monde occidental ont une couleur politique.
Mais la France a une autre particularité : elle est probablement le seul pays occidental où les journalistes politiques "cachent" leurs opinions, tout en prétendant être neutres, ce qui est évidemment impossibles, donc faux.
Belle hypocrisie de notre système !
Pour ma part, je préférerais que les opinions politiques de tous les journalistes fussent "officielles". Cela ne pourrait finalement que les forcer à être plus honnêtes. La moindre outrance, déformation ou mensonge leur feraient perdre leur crédibilité, sans laqelle le lectorat s'étiole petit à petit.
Vu sous cet angle, nous pourrions presque trouver l'Humanité "sympathique", car au moins elle ne cache pas son jeu. Cet organe militant perd depuis toujours et lui aussi de l'argent. Il aurait disparu depuis longtemps si le PC, ou Moscou jusqu'au milieu des années 80 ne l'avaient pas sauvé maintes fois de la faillite.
Autre exemple d'une toute autre nature : l'éviction passagère d'Alain Duhamel (RTL et France 2), sans doute l'un de nos meilleurs commentateurs politiques, pour avoir maladroitement révélé son choix de Bayrou. Cet avatar est très symptomatique d'une situation de paranoïa générale, dont la conséquence est un constat désolant : le système a condamné la franchise et la vérité.
Hypocrisie générale donc, sauf pour notre cher "Canard Enchaîné", dont l'indépendance d'esprit, la pérennité et la rentabilité sont des exceptions précieuses qui confirment la règle.
Second drame : la vulnérabilité
Les pratiques évoluant, le manque de capitaux et le défaut de rentabilité ont fini par rendre de nombreux journaux et magazines nationaux trop vulnérables. Ipso facto ils devenaient attractifs pour les grands capitaines d'industrie, qui y voyaient là une excellente opportunité d'influence.
Dans tous les autres pays occidentaux (sauf l'Italie), les groupes de presse et d'édition "n'ont aucun intérêt en dehors des médias" écrit Patrick Eveno, historien de la presse, Maître de conférence à la Sorbonne.
Aujourd'hui rappelons que Largardère possède Hachette et ses nombreux titres avec en prime Europe 1, que Bouygues possède TF1 (j'y reviens dans la partie 3), que Dassault a racheté la Socpresse (ex Hersant), que Libération avec Edouard de Rothchild comme actionnaire de référence se trouve dans un hiatus délicat eu égard à l'orientation politique de la rédaction, que François Pinault est propriétaire du Point et Bernard Arnault de La Tribune.
Tous en situation précaire
Parmi les quotidiens nationaux généralistes aucun, à l'exception à ce jour du Figaro, n'est à l'abri d'une catastrophe économique.
Libération est en sursis permanent depuis des années, France Soir est exsangue et ne tardera sans doute pas à se retrouver une nouvelle fois confronté aux affres du tribunal de commerce. Le Parisien est un quotidien de comptoirs qui surfe sur les chiens écrasés et pas vraiment sur la politique. Le Monde qui diffuse à quelques 350.000 exemplaires est un journal d'intellectuels (sans doute moins à gauche qu'il y a dix ans) appartenant au microcosme politique et économique très parisien. Notons que Le Monde affiche régulièrement des états d'âme, le dernier en date étant la récente remise en question d'Alain Minc par la Société des Journalistes. Le problème : il est Président du Conseil de surveillance du Monde mais aussi conseiller spécial de quelques grands patrons.
Le très respectable Les Echos traverse aussi une période de doutes (la rédaction vient de se mettre en grève pour la seconde fois de son existence) en apprenant la possibilité de sa revente à Bernard Arnaud, déjà propriétaire de La Tribune.
Quant à La Croix, la fidélité chrétienne de son lectorat en fait un titre à part et très certainement bien géré.
La farce finale !
Hormis quelques exceptions passant par le prisme déformant de la sur-médiatisation, je ne crois pas que l'influence des propriétaires et industriels soit si forte et leur collusion avec les politiques si prégnante qu'on le dit.
La situation n'est pas saine pour autant.
Il serait effectivement bon pour la démocratie que les racines des dysfonctionnements potentiels fussent coupées, en rendant par exemple impossible le rachat d'un grand journal par un groupe industriel.
Mais il m'est quand même difficile d'imaginer un Pinault dicter sa loi aux journalistes du Point, un Minc faire la pluie et le beau temps sur la ligne rédactionnelle du Monde ou encore un Rothchild imposer ses vues à Libération.
La problématique est assurément différente pour les deux grands journaux économiques que sont Les Echos et La Tribune. Ils doivent traiter des dossiers par lesquels leurs "patrons" sont régulièrement concernés. La seule solution est alors de traiter l'information " à plat" comme ils disent, ce qui a priori écarte tout commentaire trop marqué.
Cela étant, quel que soit le système, il sera toujours impossible d'empêcher un politique ou son Dircab d'appeler une rédaction pour exprimer leur mécontentement, voire d'essayer de faire pression.
Dans les faits, les journalistes sont inattaquables
Les sociétés de journalistes de chaque journal savent faire de la résistance et se défendre. Souvent appuyés par le très puissant SNJ* dont la section CGT est de loin la plus active et virulente - tiens encore les Communistes ! - les journalistes français sont très pointilleux sur leur indépendance. Ils auraient raison si cette indépendance n'était pas souvent mise au service d'une fausse neutralité.
Cela étant, quelles que soient leurs opinions, les journalistes de la presse écrite, font globalement bien leur travail. Cela n'est pas, à mon sens, le cas de leurs confrères des télévisions.
Finalement, sans doute beaucoup de bruit pour rien.
Car malheureusement, comparés aux anglo-saxons ou aux allemands, les Français lisent peu la presse (sauf les pages locales de la PQR**). L'audience de la presse quotidienne nationale française est faible. Sans compter L'Equipe, elle diffuse à peine 2 millions d'exemplaires chaque jour.
Il ne faut pas aller chercher d'autres explications à la sur puissance de TF1 et de France 2.
--> la suite de ce dossier, Partie 3 d'ici quelques jours
* Syndicat National des Journalistes
** Presse Quotidienne Régionale
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Commentaires
Le choix entre le JT de TF1 et de France 2 ... vaste débat des familles. La libre pensée pour le français moyen se résume dans une grande majorité de cas à choisir quel troupeau de la pensée unique l'amènera ... de toute façon au même alpage.
Il y a des articles très intéressants d'ailleurs sur l'art de la désinformation par la destructuration de l'information.
C'est à dire en fait que si l'on y prête un peu d'attention, on se rendra compte qu'il n'y a JAMAIS de fil conducteur dans ces journaux télévisés. Loin de présenter un canevas unique et constant, abordant par exemple tour à tour l'intérieur, l'extérieur, le scientifique, le médical puis le sportif, les journaux sont un amoncellement constant (et voyeuriste, pour des questions d'Audimat) de faits divers tous sans aucun rapport les uns avec les autres.
Tant est si bien que la phrase "sans transition" de PPDA est devenue culte aux guignols. Ca n'est pas un hasard. Il n'y a pas de transition car il n'y a pas de logique. Et il n'y a pas de logique car on cherche à endormir le téléspectateur dans une somnolence propice, entre un article sur les conséquences écologiques désastreuses de la surfréquentation du marais poitevin et un autre sur le jubilé d'Yvette Horner, à glisser un furtif entrefilet sur l'ex futur projet de loi sur le CPE, histoire d'essayer de passer "ni vu ni connu", et ce dans le seul but de pouvoir prétendre ultérieurement que tel jour à telle heure on en avait bien parlé au JT et que le travail d'information avait bien été fait...
Je n'irai pas non plus m'étendre sur la propagande pure et dure que parfois nos postes de télévision viennent déverser et auxquelles les bonnes ménagères s'empressent de croire... mais bon, de nos jours une vaste majorité d'imbéciles (et parfois d'hommes intelligents et de bonne foi) croit qu'une nébuleuse terroriste internationale aux ordres d'un barbu légendaire aurait perpetré des attentats fabuleux le 11 septembre 2001, alors qu'un petit peu d'ouverture d'esprit et d'intelligence amènent à la conclusion simple et irréfutable que c'est George Bush et son entourage qui ont directement exécuté les attentats, fait plastiquer les tours et tiré un avantage substantiel (pour eux-mêmes et pour l'économie de leur pays) de tous ces faits.
En cas de doute, la consultation sur google video des deux films "Loose change" et "911 mysteries" suffit à convaincre le plus rétif des incrédules.
Ecrit par : Rouslan | 01 juillet 2007
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