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01 juillet 2007
DOSSIER (en 3 parties)
REGARDONS DANS LE RETROVISEUR (3/3)
Les journalistes télévisions sont des icônes décérébrées
Voilà une affirmation très dure ! C'est hélas la grande, navrante et définitive confirmation révélée par les deux campagnes successives que nous venons de vivre : la presse télévision n'a pas rempli son rôle. Loin s'en faut !
Une évidence regrettable
Nous nous en doutions depuis quelques années - si ce n'est depuis toujours - les rédactions des grands médias télévisuels français ont révélé leur laxisme professionnel et démontré la négation même de leur fonction.
Il suffit de nous rappeler l'indigence journalistique des émissions "A vous de juger" (France 2 - Arlette Chabot) ou de "J'ai une question à vous poser " (TF1-Poivre d'Arvor) ou encore du débat d'entre deux tours Sarkozy-Royal - paroxysme de la farce journalistique - avec les deux même arbitres, sans
pouvoirs ni règles de conduite, sauf celles de l'absence et de la nonchalance.
A la lumière de ces productions indigentes nous sommes définitivement fixés sur l'inqualifiable carence des deux grandes chaînes nationales et de leurs équipes de rédaction. Faut-il rappeler que ces "débats" furent suivies à chaque fois par 8 à 10 millions de Français ? Ces chaînes font et défont l'opinion publique.
Aucune structure rédactionnelle
Amusez-vous durant quelques jours à zaper continuellement entre les JT de TF1 et de France 2 de 20H00 à 20H30.
Sauf événement majeur planétaire prenant le pas sur tout autre sujet, vous découvrirez que les sommaires sont strictement établis en fonction des faits divers et non d'un ordre logique, réfléchi à l'avance et constant, comme dans tout journal digne de ce nom : politique intérieur, politique internationale, économie, social, sports, faits divers…etc.

Les professionnels de l'audiovisuel prétendront que c'est impossible. Je prétends que cela est faux.
Il "suffirait" d'en avoir la volonté et le talent pour capter et garder les audiences. Le problème est que le premier qui appliquerait une telle méthode perdrait de l'audience un "certain temps" avant de regagner du terrain.
Aux JT, les rubriques "faits divers" et "chiens écrasés" sont reines : déraillement d'un train, inondation ou incendie catastrophiques, accident de la route, poursuite ou bavure policières, procès d'un criminel…etc. Tout ceci est à mes yeux du voyeurisme, donnant la part belle à des sujets sans aucun intérêt réel pour la communauté et pour sa formation politique et économique. L'exception française pourrait sur ce terrain démontrer sa réalité.
Mais audience et concurrence des chaînes obligent sans doute !
Quelques émissions d'investigation plus sérieuses
Ces chaînes se rattrapent un peu avec quelques bons magazines d'investigation. Mais étant systématiquement diffusés en secondes partie de soirées, leurs audiences sont faibles par rapport aux infos traitées à chaud durant les 13H00 et les 20H00.
TF1 est la spécialiste du sensationnel creux avec "Le droit de savoir" de Charles Villeneuve, où on ne compte plus le nombre d'émissions sur les GIGN ou les commandos spéciaux.
France 2 avec "Envoyé Spécial" de Françoise Joly et Guilaine Chenu et Canal + (la chaîne la plus à gauche de toute) avec "Lundi Investigation" de Stéphane Haumant et Emilie Raffoul, ces deux chaînes traitent des sujets d'actualités, rarement des analyses politiques.
Quelques journalistes sauvent l'honneur du métier
De bons professionnels ayant à cœur de poser les bonnes questions tels que Yves Calvi avec "Mots croisés" (France 2) ou "C dans l'air" ( France 5),
Christine Ockrent avec "Trans Europe Express" (France 3), ou encore Jean-Jacques Bourdin (RMC Info) et Laurence Ferrari avec "Dimanche +" (Canal)…ceux-là sauvent l'honneur de leur corporation.
Ils remplissent leur mission. Ils posent des questions impertinentes, politiquement considérées comme incorrectes, sans se satisfaire de déclarations péremptoires ou fallacieuses.
Grâce leur soit rendue ! Ils démontrent qu'il est possible de faire du vrai journalisme. En tout cas celui que nous attentons. Celui dont la démocratie a besoin.
Nous sommes les seuls au monde…à une exception près.
La France est sans doute la seule démocratie au monde où :
- les politiques peuvent choisir - ou refuser ce qui revient au même - le ou les journalistes pour une interview, un débat ou un face-à-face.
- les politiques n'hésitent pas à "exiger" une invitation, qu'on leur accorde dans 99% des cas, un jour et une heure précis, avec les journaux de 20H00 comme préférence bien entendu.
- les journalistes télévision ne sont que des chambres d'enregistrement, une espèce mutante sorte de carpes aérobies muettes. Ces journalistes là ne sont pas des contradicteurs objectifs ayant bûcher leurs dossiers.
Cette situation n'existe nulle part ailleurs sauf sans doute en Italie, ce qui ne constitue guère une référence.
Un panurgisme télévisuel renversant
Les scoops et les véritables commentaires politiques sont toujours issus de la presse écrite, ce qui est tout à l'honneur de cette dernière.
Nous pourrions nous dire que la France a la chance d'avoir une belle et bonne presse écrite. C'est assez vrai dans l'ensemble, notamment avec des quotidiens économiques tels que Les Echos ou La Tribune. Mais celle-ci n'est malheureusement lue que par une infime fraction de la population. Avant la politique, l'économie est son cheval de bataille, même si les deux sont souvent liées.
La télé n'a jamais de scoop, bizarre non !
Il est intéressant de nous poser la question ! Par quel mystère ou par quel mécanisme, les Français n'ont-ils jamais l'occasion de découvrir aux JT de 20H00 des informations politiques exclusives, n'ayant pas encore été traitées par la presse écrite du matin ou de l'après-midi ?
Etre amené à se poser la question est déjà surprenant, y répondre relève de l'exploit.
Les équipes de rédaction et les journalistes des TV reçoivent pourtant comme tous leurs confrères de l'écrit les mêmes dépêches des agences de presse, aux mêmes heures.
C'est dans leur traitement que la différence apparaît : les télévisions semblent toujours attendre que la presse écrite tire ou ait tiré la première ! Pourquoi, je l'ignore !
L'EXEMPLE AMERICAIN
Les journalistes sont souverains
Les Etats-Unis sont un pays où les médias sont puissants, riches et indépendants des groupes ou sociétés industriels.
Les journalistes y sont craints et respectés. La presse écrite, qui diffuse quelques 53 millions d'exemplaires chaque jour pour 300 millions d'Américains, y est très lue (rappel chiffres France : 7,8 millions de quotidiens - PQN incluse - pour 62 millions d'habitants).
Les grandes chaînes de télévision nationales américaines ont toutes des journalistes et des commentateurs politiques dont les opinions sont clairement affichées et parfaitement connues. L'hypocrisie ne peut se glisser dans un système dont les règles sont fondamentalement saines.
Il ne viendrait pas à l'idée d'un politique de choisir un journaliste pour une interview et de demander à connaître à l'avance les questions qui lui seront posées durant l'émission.
Non-réponses et déclarations péremptoires sont rédhibitoires
De leur côté, les journalistes ne se satisfont jamais de non-réponses ou de chiffres dont les sources ne seraient pas connues ou vérifiées. Allégations interdites !
Aux Etats-Unis, un politique qui ne répond pas clairement aux questions est immédiatement discrédité par le
journaliste lui même, qui ne manque alors jamais de faire des réflexions acerbes.
Il faut avoir vu un débat des primaires ( en l'occurence du parti républicain) pour apprécier la rigueur des échanges et le respect absolue des temps de paroles, question par question.
En France, si un journaliste se permettait d'adopter un tel comportement, cela serait pris pour de l'agressivité. Il y a fort à parier que le politique menacerait même de quitter le plateau. Impensable et suicidaire aux USA ou au Royaume-Uni.
Quelques exemples de journalistes TV américains
Toutes les grandes chaînes nationales (CBS, NBC, ABC, CNN et FoxNews) ont évidemment leurs émissions politiques. La notoriété de certains journalistes est mondiale. Des Dan Rather (ci-contre) malgré le scandale à propos du service militaire de GW Bush sur CBS ou Larry King sur CNN sont des stars vieillissantes mais toujours très regardées.
Les Bill O'Reilly (O'Reilly Factor sur Fox News), Sean Hannity (Républicain) et Alan Colmes (Démocrate) qui
animent ensemble leur émission, Rush Limbaugh, Chris Matthews, Paula Zahn ou autre Ann Coulter (plus écrivain que journaliste) sont la classe montante des commentateurs ayant 35 à 50 ans. Il ne fait pas bon leur mentir ou tenir une langue de bois.
Rappelons que ces journalistes ne taisent nullement leurs penchants politiques, ce qui constitue une différence fondamentale avec notre univers médiatique français.
Evidemment, il ne faut pas pour autant penser que le système made in USA soit parfait. Il a ses revers de la médaille, leur pouvoir étant sans doute finalement trop grand. Mais à choisir….c'est peut-être un moindre mal, comparé à la situation française.
En France, les journalistes cachent leurs penchants politiques
Tout le monde sait ce que pensent des Jean Daniel, Jean-François Kahn, Serge July, Franz-Olivier Giesbert
ou Poivre d'Arvor…mais il est incorrect de le faire savoir, au non d'une fausse sacro-sainte indépendance et liberté d'esprit.
Il est déjà plus délicat de connaître les opinions des Chazal, Ockrent, Schönberg ou
Chabot, mais il est "amusant" de constater que ce sont toutes des femmes.
Quant à des Pujadas ou Roselmack, finalement, cela n'a aucune importance. Ils ne sont que des icônes décérébrées sachant lire un prompteur, en charge de présenter ce que leurs rédacteurs en chef ont décidé, les seuls responsables de ce qui passe à l'antenne.
Des propos très durs certes, mais qui sont à la hauteur de la révolution et de la rupture que nos médias français seraient bien inspirés de mener rapidement.
Les origines du problème
Outre les origines historiques remontant à 1945 (voir mon article précédent 2/3), comment expliquer l'attitude des journalistes de nos deux grandes chaînes nationales qui font et défont l'opinion, je le disais précédemment.
Pourquoi sont-ils à ce point timorés dans leur comportement et dans l'animation des débats ?
Ecartant le manque de travail, je ne vois qu'une seule explication possible mais elle reste insuffisante. Elle remonte au début des années 60.
A cette époque la RTF puis l'ORTF était sous monopole d'état. Les rédacteurs en chef et les journalistes étaient directement reliés à l'Elysées et à Matignon. Sur la seule et unique chaîne TV en noir et blanc, rien ne se faisait en matière d'information politique sans l'accord du Président ou du 1er Ministre. Pratiques inconcevables aujourd'hui, les habitudes sont-elles ancrées à ce point dans les esprits qu'elles auto paralysent les cerveaux ?
La faute à qui ?
Les politiques ont-ils gardé de mauvaises habitudes ? Les journalistes sont-ils encore dans le syndrome du politiquement correct ? Craignent-ils toujours pour leur job lorsqu'ils posent les questions qui dérangent, en refusant de façon frontale toute langue de bois ?
Dans tous les cas, ce n'est pas avec un Poivre d'Arvor se croyant tout permis avec notre nouveau Président ( "…le petit garçon…") que les choses risquent de s'arranger. Le niveau requis est tout autre.
On pourrait imaginer que TF1 fusse plutôt conciliant avec un candidat ou un gouvernement de la droite libérale comme aujourd'hui. Cela ne me choque pas à partir du moment où les opinions et les positionnements sont clairs et publics.
Mais les journalistes des chaînes publiques de France Télévision ne font pas mieux. Ils sont tout autant tétraplégiques face aux politiques et leurs capacités d'animation d'un face à face ou d'un débat se limitent, la plupart du temps, au politiquement correct. Alors…?
Alors, vous vous doutez que je n'ai pas la réponse. Il faudrait une enquête et un livre complet pour tenter de l'élaborer !
Mais il serait temps que notre presse et nos médias français fassent leur aggiornamento. Grand temps !
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Commentaires
A propos de mise à jour, ça serait sympa qu'il y ait un journaliste TV français qui mette côte à côte :
Les images de Sarko ivre mort à la tribune, puis des images de Poutine ivre mort à d'autres occasions, le tout avec lecture du message de démenti officiel de l'Elysée expliquant que les deux sont sobres comme des chameaux, avec un rappel des mesures prises par Sarkozy dans la lutte contre l'alcool au volant lorsqu'il était ministre de l'intérieur (conduire bourré, ça serait donc plus mal que diriger la planète dans le même état?),
puis Devedjian face à Karl Zero se plaignant d'une chanson ou l'UMP était insultée, expliquant que ça ne se fait pas d'insulter, que c'est mal, puis en boucle son fameux "salope".
Faites ce que je dis, pas ce que je fais, la vraie devise de l'UMP.
Ecrit par : Rouslan | 02 juillet 2007
... je ne reproche pas à ces gens là de boire et d'insulter. Moi aussi, j'insulte, je peux dériver sur des paroles homophobes, racistes, et moi aussi je suis conscient que ça n'est pas ce que je produis de meilleur. Moi aussi je me bourre la gueule, mais à la différence de vos poulains, Mr Dermagne, moi, J'ASSUME.
C'est toute la différence entre la culture française et la culture allemande ou, par essence, le chef considère que pour emporter l'adhésion de la masse, la première chose à prendre en vue est l'exemplarité. C'est loin d'être le cas en France.
Si Sarko avait simplement dit "ben ouais, après deux jours à travailler à plein temps on a du décompresser, et j'ai bien conscience que ça ne donne pas une image positive du G8 mais nous ne sommes que des hommes, on a les mêmes besoins que tout le monde, on fait aussi caca et on se torche après tout comme vous", ben je l'aurais trouvé vraiment très classe.
En substance, il a été très décevant. Qu'il se laisse déjà aller en début de règne est de très mauvais augure.
Ecrit par : Rouslan | 02 juillet 2007
La nouvelle censure
Le principe de base de la censure moderne consiste à noyer les informations essentielles dans un déluge d'informations insignifiantes diffusées par une multitude de médias au contenu semblable. Cela permet à la nouvelle censure d'avoir toutes les apparences de la pluralité et de la démocratie.
Cette stratégie de la diversion s'applique en premier lieu au journal télévisé, principale source d'information du public.
De l'info sans infos...
Depuis le début des années 90, les journaux télévisés ne contiennent quasiment plus d'information. On continue d'appeler "journal télévisé" ce qui devrait en réalité être appelé un "magazine".
Un J.T. moyen contient au maximum 2 à 3 minutes d'information. Le reste est constitué de reportages anecdotiques, de faits divers, de micro-trottoirs et de reality-shows sur la vie quotidienne.
...et une censure sans censeurs
Toute la subtilité de la censure moderne réside dans l'absence de censeurs. Ceux-ci ont été efficacement remplacés par la "loi du marché" et la "loi de l'audience". Par le simple jeu de conditions économiques habilement crées, les chaines n'ont plus les moyens de financer le travail d'enquête du vrai journalisme, alors que dans le même temps, le reality-show et les micro-trottoirs font plus d'audience avec un coût de production réduit.
Même les évènements importants sont traités sous un angle "magazine", par le petit bout de la lorgnette. Ainsi, un sommet international donnera lieu à une interview du chef-cuistot chargé du repas, à des images de limousines officielles et de salutations devant un batiment, mais aucune information ni analyse à propos des sujets débattus par les chefs d'états. De même, un attentat sera traité par des micro-trottoirs sur les lieux du drame, avec les impressions et témoignages des passants, ou une interview d'un secouriste ou d'un policier.
A ces insignifiances s'ajouteront le sport, les faits-divers, les reportages pitoresques sur les villages de la France profonde, sans oublier les pubs déguisées pour les produits culturels faisant l'objet d'une campagne de promotion (spectacles, films, livres, disques...).
Information destructurée pour mémorisation minimale
Tous les psychologues et spécialistes des neurosciences savent que la mémorisation des informations par le cerveau se fait d'autant mieux que ces informations sont présentées de façon structurée et hiérarchisée.
La structuration et la hiérarchisation de l'information sont aussi des principes de base enseignés à tous les étudiants en journalisme.
Or depuis 10 ans, les journaux télévisés font exactement le contraire, en enchainant dans le désordre des sujets hétéroclites et d'importance inégale (un fait divers, un peu de politique, du sport, un sujet social, un autre fait divers, puis à nouveau de la politique, etc) , comme si le but recherché était d'obtenir la plus mauvaise mémorisation possible des informations par le public. Une population amnésique est en effet beaucoup plus facile à manipuler...
A lire absolument au sujet des médias, des réseaux du pouvoir économique et du contrôle de l'information, le livre de Serge Halimi "Les nouveaux chiens de garde".
Ecrit par : Rouslan | 03 juillet 2007

