18 septembre 2008
L'intervention historique de la FED sonne-t-elle le glas du libéralisme ?
La FED et le gouvernement américains ont ouvert les vannes pour sauver Freddie Mac, Fannie Mae et AIG, reniant en cela leur dogme libéral. A court terme il faut sans doute s'en réjouir, mais à bien y réfléchir, les donnes économiques et politiques mondiales ne vont-elles pas en être totalement bouleversées ?
Certes, les USA viennent d'offrir un bol d'oxygène et quelques jours de répit au reste du monde. Soulignons l'incroyable rapidité avec laquelle ils ont su aligner 85 milliards de dollars. Cela risque de ne pas suffire. Les réactions des places boursières qui continuent à fléchir le démontrent. La confiance, déjà largement entamée, n'est pas prête de revenir.
En sauvant quelques-unes de leurs institutions, les Américains n'ont-ils pas mis le doigt dans des engrenages pervers et dangereux ? C'est une question.
. L'inflation d'abord !
Ne doutons pas que l'argent trouvé soit issu de la fabrication de papier, la planche à billets comme on dit. L'inflation est la seule façon de payer, ou d'équilibrer une dette qui dépasse la réalité de la richesse. L'argent et les fonds disponibles se faisant rares, les crédits aux particuliers et aux entreprises sont déjà plus difficiles à obtenir aujourd'hui. La consommation va donc se tendre et l'emploi se ralentir dans tous les pays occidentaux. Inutile de sortir de l'ENA, d'HEC ou de Polytechnique pour savoir tout cela. Le nier ne ferait que retarder la mise en œuvre des solutions que nous, pays européens, devons imaginer.
La maîtrise de l'inflation, chère à la BCE tétraplégique et à son Président Jean Claude Trichet, est finalement un gage de comportements vertueux des états, des politiques et des entreprises. Les grands acteurs économiques savent qu'ils ne doivent pas compter sur l'inflation pour payer leurs erreurs. Mettre un doigt dans l'engrenage de l'inflation est donc périlleux.
. La perte ou l'altération des bons côtés des valeurs libérales ensuite.
Les USA sont depuis toujours le moteur de l'économie de marché. Lorsque les acteurs maintiennent une certaine éthique, en fixant eux-mêmes les règles à ne pas franchir, tout va bien. Mais lorsque quelques gros opérateurs financiers, et quelques promoteurs immobiliers sans scrupules, cherchent par tous les moyens des rendements qui dépassent les lois de l'économie, alors la machine se bloque au moindre grain de sable. C'est en l'occurrence exactement ce qui est arrivé avec les subprimes en 2007. Ces subprimes ne sont ni plus ni moins ce que les banquiers appellent de la cavalerie : la création d'une richesse fictive, ne reposant sur rien. Pour agir ainsi quelques chefs d'entreprises se sont déjà retrouvés devant les tribunaux et en prison.
Cette altération des valeurs libérales laisse le champ libre à d'autres idées qui le sont moins.
. Le risque de réactions diverses et variées enfin.
Et c'est peut-être le plus grave ! Si notre système économique n'est pas repris en main pour assurer le contrôle de la machine qui s'emballe, nous pourrions assister à travers le monde à un certain nombre de réactions qui se réfugieront dans les extrêmes, au sens politique du terme.
C'est évidemment le cas de figure le plus dramatique, mais les peuples qui vivent dans la misère ou ceux qui perdent simplement leur confort sont des peuples vulnérables. Ils veulent trouver des responsables. Ils veulent des perspectives meilleures. Ils sont prêts à suivre le premier vendeur de rêves ou Big Brother venus.
Solutions illusoires, la xénophobie et le repli sur soi sont pourtant des tendances facilement populaires en de telles circonstances. Notons d'ailleurs au passage que Barack Obama ne prône rien d'autre que cela dans sa campagne. La gauche bien pensante rêve de le voir élu, mais le discours de fond du candidat est simple : les Américains d'abord ! Ce discours est d'autant plus entendu que le système libéral ouvert sur le monde démontre en ce moment même ces faiblesses échevelées. Mc Cain peut avoir quelques difficultés à faire croire qu'il n'est pas issu du sérail de ce système défaillant. Un paramètre tout nouveau pour la campagne qui bat son plein.
Les pays historiques de l'Union Européenne semblent à l'abri de réactions xénophobes. Mais quelles sont donc leurs solutions pour maintenir leurs niveaux de vie ? Comment assumer les retraites de nos populations vieillissantes ? Comment maîtriser nos coûts de fabrication, sans donner du travail aux pays émergents, asséchant d'autant une partie de l'emploi chez nous ? Les réponses sont loin d'être simples.
Je suis convaincu que la mondialisation est à la fois la maladie et le docteur. Ah ! Evidemment, elle nous plonge pour quelques générations dans une ère nouvelle que seul le temps nous permettra de comprendre. Mais cette globalisation de nos économies est aussi la seule solution. C'est le rôle du Politique de nous faire comprendre et de réduire les conséquences de cette profonde mutation, théâtre de tensions extrêmes. Cette compréhension est fondamentale pour la paix.
Alors ! Abandonnant leur credo libéral, les USA ont-ils eu raison de sauver AIG et d'autres encore sur fonds publics ? N'ont-ils pas ouvert une boite de Pandore ?
Une chose est sûre. Lorsqu'un repaire universel tombe alors qu'il servait de guide à tous, la navigation devient délicate. Il faut inventer de nouvelles solutions, de nouveaux outils pour retrouver le bon cap, en acceptant quelques naufrages.
Une dernière remarque ! Malgré tout cela, j'ai une vieille confiance de fond sur l'économie américaine. La rapidité avec laquelle ils ont trouvé la solution pour AIG est proprement stupéfiante. Elle illustre leur conscience de la situation.
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