19 septembre 2008

Union sacrée passagère ou révolution durable ?

Les grandes banques centrales du monde (sauf la Chine) ont su répondre présentes à la demande de la FED et du Trésor américains. 180 à 200 milliards de dollars viennent d'être injectés dans le système bancaire mondial et un fonds spécial de "défaisance des actifs toxiques" est déjà à l'étude.

Doit-on considéré que la crise est, si ce n'est jugulée, du moins durablement maîtrisée ? Rien n'est moins sûr.
Il existe encore à l'évidence quelques gros chats noirs dans les placards de certaines grandes banques. Ne doutons pas que le gouvernement américain le sache. Il semble dans tous les cas vouloir traquer les mauvaises élèves dont il apurerait les mauvais actifs; si on peut parler d'actifs !
"... j'ai une vieille confiance de fond sur l'économie américaine..." écrivais-je il y a seulement 48 heures ! Je ne m'étais pas trompé. C'est ce qui s'appelle prendre le taureau par les cornes (façon Sarko !), mais la réaction est encore plus rapide et plus violente qu'il n'était possible de l'imaginer. Tant mieux, mais des bouleversements radicaux sont désormais dans les tuyaux !

Contribuables, entreprises et particuliers paieront.
Lorsque l'ouragan financier sera passé, le monde de l'économie réelle devra à son tour gérer - il le gère déjà - les conséquences du désastre. Pas d'optimisme inconsidéré ! Cette crise débouche inexorablement sur un sérieux rétrécissement des liquidités et de la politique crédit des établissements bancaires. Moins de consommation, augmentation de l'épargne, ralentissement de l'embauche sont programmés.
Cela tombe mal pour notre France.
La mission de Nicolas Sarkozy et du Gouvernement sera d'expliquer la situation, tout en prenant les quelques bonnes décisions pour limiter la casse.
Le peuple français est parfaitement capable de comprendre et d'apprécier l'ampleur de ce qui vient de se passer. Encore faut-il lui expliquer clairement. Une mission de communication délicate qui peut s'avérer périlleuse; la communication étant parfois le maillon faible d'un gouvernement qui pourtant mène les réformes tambour battant.

Encadrement plus serré des mécanismes financiers et boursiers
Qu'il s'agisse de la bourse, des banques ou des assurances, la création ex-nihilo de nouveaux produits, notamment spéculatifs, non fondés sur une richesse réelle, va assurément être revue. Les mécanismes boursiers et les modes de valorisation des entreprises devront impérativement être repensés et corrigés.
Mais à toute chose malheur est bon ! Cette crise devrait éliminer la plupart des irresponsables criminels qui sont à l'origine du séisme. La tâche sera longue et difficile. Le système est tellement complexe qu'on en était arrivé à ne plus savoir qui garantissait quoi, qui couvrait qui, quels étaient les actifs, où étaient-ils vraiment...etc. Le grand nettoyage des écuries d'Augias commence.
Cette grande lessive fera le bonheur de certains et le malheur des autres, car c'est toujours dans ce genre de période que des empires s'effondrent et que d'autres naissent.

Vers un basculement de la Chine
Là, nous sommes dans la politique fiction ! Mais imaginons la chose suivante.
Avons-nous entendu la Chine dans cette tempête ? Non, ou si peu. Les instances bancaires officielles chinoises ont pourtant craint le pire. La Chine ne vient-elle pas de réaliser que si le système financier mondial s'écroulait, elle s'écroulait aussi, bourses de Pékin et de Shangaï en tête.
La sagesse asiatique et quelques mauvaises expériences récentes ne conduisent pas les chinois à se ruer à bons prix sur les banques ou sur les entreprises occidentales en difficulté.
En revanche, la Chine a bien compris que si elle perdait ses principaux clients, elle serait immédiatement plongée dans une dépression économique forte et brutale. Cela est de nature à faire réfléchir les maîtres du PC et les dirigeants chinois, virtuoses du capitalisme d'état.
Cette crise peut-elle aboutir à accélérer la métamorphose d'une Chine qui regorge de liquidités ?
D'autre part, ses fondamentaux financiers sont très nettement plus sains que les nôtres. Il n'existe pas en Chine d'instruments sophistiqués de crédits hypothécaires; elle n'a pas lancé de grand programme d'accession à la propriété du peuple chinois...etc.
Durant cette crise, la Chine a pris quelques mesurettes internes, mais elle n'a pas bougé sur la scène internationale.
Que cache cette attitude stoïque ? Malgré sa richesse, la prise de conscience de sa relative vulnérabilité n'est-elle pas de nature à toucher au cœur son système centralisé ? Cette crise peut-elle être à l'origine d'un démantèlement progressif des derniers dogmes communistes ? Le déclenchement d'une crise politique profonde au sein même du Parti Communiste est-elle possible ?
"... la crise du capitalisme américain pourrait avoir raison du communisme chinois..." vient de déclarer le cynique George Soros.

Dans tous les cas, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Ce qui vient de se passer est peut-être même une révolution. D'ici une vingtaine d'années, il est probable que septembre 2008 soit perçu et qualifié de charnière historique.

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