23 février 2009
Le CNRS est-il adapté au XXIème siècle ?
Je ne porte ici aucun jugement. Je m'interroge, en me contentant de rapporter ce que j'ai pu identifier de la structure et de l'organisation du Centre National de la Recherche Scientifique. La recherche appliquée étant sans doute le levier majeur d'une économie pérenne, la polémique sur l'évaluation des chercheurs n'est pas anodine.
Comme je l'annonçais la semaine dernière, voilà donc un zoom sur le CNRS. Un article peu sexy, j'en conviens, mais qui vous permet d'en savoir plus après, qu'avant sa lecture. Il offre également un éclairage et quelques arguments sur la polémique en cours à propos du projet de réforme Pécresse.
Des strates multiples de décisions
"La première mission du CNRS est d'évaluer, d'effectuer ou de faire effectuer toutes
recherches présentant un intérêt pour l'avancement de la science ainsi que pour le progrès
économique, social et culturel du pays", telle la définition officielle de cette docte institution.
En 1945, auprès du CNRS, on crée le Comité national de la recherche scientifique. Ce Comité
regroupe des instances composées d'experts nationaux et internationaux ayant pour mission
l'évaluation des chercheurs, l'analyse de la prospective des unités dans le cadre de la stratégie
et du conseil du CNRS.
Les missions des Conseils Scientifique de Département (CSD)
Un cran en-dessous du Comité, au nombre de huit (un par grande discipline), nous trouvons les CSD dont les missions sont les suivantes :
- conseil et assistance des directeurs de département
- analyse scientifique de leur domaine et des perspectives d'évolution. À cette fin, les CSD utilisent notamment les rapports de conjoncture et de prospective des Sections du Comité National.
- débats et orientations de la politique de l'emploi scientifique du département.
- consultés lorsqu'il y a divergence entre les avis des Sections et les positions des Départements scientifiques,
- également consultés sur la nomination, pour les jurys d'admission des chargés de recherche
D'autre part, ces huit CSD chapeautent les activités de neuf Instituts (chimie, écologie et environnement, physique....) dont les appellations adoptent une segmentation scientifique différente des CSD. Allez comprendre !
Les sections du CNRS (mandat 2008-2012)
En dessous des CSD, il y a les sections. Elles réunissent l'ensemble du champ des connaissances qui est divisé en disciplines ou groupes de disciplines. Ce découpage est régulièrement adapté à l'évolution de la science et des champs disciplinaires par un remaniement du nombre de sections, et de leurs intitulés. Les sections sont au nombre de 40 depuis 1991. Cela fait donc bientôt 20 ans que rien n'a bougé !
Sur les évaluations
Voici un exemple de la philosophie de nombreuses évaluations :
"...la visibilité scientifique de l'activité de recherche doit se traduire par un projet scientifique clair, dynamique et explicitement relié avec les programmes de son unité de recherche. Le chercheur est examiné au regard de son passé mais aussi de son avenir...". Autant dire que cela ouvre la porte à bien des interprétations.
Enfin, en matière d'évaluation, chaque discipline est placée sous une Commission Interdisciplinaire de Département. La CID 41 est la commission transdisciplinaire qui évalue la gestion de tous les CSD; elle est la seule dont les critères d'évaluation sont à ce jour accessibles et publiques.
Toutes les autres CID (de 42 à 45), qui couvrent l'ensemble des 40 sections, déclarent leurs critères non disponibles. Intéressant !
Que pouvons conclure de tout cela ?
Une structure comme le CNRS ne peut être que complexe. Il est cependant difficile de croire que les 2,8 milliards versés par l'état soient réellement optimisés. Trop de couches de décisions et de responsabilités se superposent les unes aux autres, trop de domaines scientifiques veulent être couverts, avec de surcroît une certaine opacité des modes de fonctionnement, des allocations budgétaires et des évaluations.
Nous pouvons donc imaginer que des abus de position et des recherches qui ne servent ou ne mènent à rien, aboutissent à un très lourd déficit d'efficacité globale.
L'arbre qui cache la forêt
Le CNRS est fier d'avoir obtenu seize Prix Nobel, neuf Médailles Fields (mathématique) et un Prix Turing (informatique). C'est effectivement et apriori honorable, puisque cela représente 50% de tous les Nobel scientifiques jamais obtenus par la France. Cependant, n'est-ce pas l'arbre qui cache la forêt d'une recherche française globalement peu compétitive ?
Voici par comparaison le nombre de prix Nobel obtenus par les diplômés et/ou les chercheurs de quelques Universités :
. Columbia : 87
. Cambridge : 85
. Harvard : 82
. Chicago : 81
. MIT : 72
Le CNRS dont nous sommes toujours si fiers est-il adapté au monde d'aujourd'hui et de demain ? Est-il raisonnable d'afficher 70% de frais de personnel ? Etre multidisciplinaire n'est-il pas à l'origine d'un manque général d'efficience ?
Malgré tout le respect et l'admiration que je porte à nos chercheurs, telles sont les questions qu'il est permis de se poser.
Fiche d'identité du CNRS
Création 1939
Budget 2009 : 3,4 milliards d'euros (dont 2,8 de l'état)
Effectif propre : 32.000
Effectif mixte (CNRS/Universités ) : 70.000 ?
Dépenses : Personnel : 70% - Dotations et investissements : 30%
17:12 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, recherche


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