08 avril 2009

Trésors de guerre et syndicats patronaux

Après l'affaire des transferts de fonds douteux de l'UIMM, le GIM* révèle l'existence d'une réserve de 100 millions d'euros. Là, rien de douteux. Ce sont néanmoins deux structures cousines dont la gestion soulève les mêmes questions.

GIM ETIENNE BERNARD.jpgCréés à la suite des événements de mai 68, ces fonds n'ont rien de secrets. Ce sont des "réserves confidentielles" qui étaient destinées à soutenir les industriels en difficulté.
Jusque là, rien à dire.
Constitués par abondements volontaires des entreprises adhérentes, ces trésors de guerre étaient l'expression d'une louable solidarité interprofessionnelle.
(ci-contre photo d'Etienne Bernard, Président du GIM)

Une fonction oubliée
Depuis une quarantaine d'années ces fonds ont mécaniquement grossi. Bien gérés, ils sont de surcroît à l'origine de profits financiers substantiels. Toujours pas de problème.
Seulement voilà, au fil du temps, on s'aperçoit que ces fonds ont oublié leur objet. Ils n'ont finalement jamais servi ou si peu à leur destination originelle. Leurs créateurs ont depuis longtemps disparu et les instances dirigeantes d'aujourd'hui les gardent jalousement au chaud.
Deux questions se posent alors :
1. A quoi sert cet argent ?
2. Pourquoi le laisser dormir ?

Les syndicats patronaux sont souvent des coffres forts
Nombre d'organisations ou syndicats patronaux possèdent des trésoreries qui sommeillent et auxquelles, par crainte de l'avenir, elles ne veulent surtout pas toucher. Nous pouvons leur accorder le sceau d'une bonne gestion, mais à quoi cela sert-il ?
Côté IUMM, nous avons appris que ces fonds servaient parfois à "mettre de l'huile dans les rouages sociaux", autrement dit à donner quelques subsides aux syndicats ouvriers. Personne n'en a jamais donné de preuves formelles, mais cette pratique semble avérée.
Je n'ai rien contre le fait que les organisations patronales soient riches, bien au contraire. En revanche, en période de crise, elles devraient réfléchir intensément sur les utilisations pertinentes possibles et au grand jour de leurs réserves.

Une idée saugrenue
J'avais émis l'idée il y a quelques mois que ces instances professionnelles montrassent l'exemple. Comment ? En utilisant officiellement une partie de ces fonds pour des actions concrètes en faveur de l'activité économique et de l'emploi.
Avec quelques 500 ou 600 millions d'euros pour l'IUMM et une centaine pour le GIM, il me semble qu'il y a de quoi faire utile. Très utile !

Impossible à prouver, mais si 700 millions dorment dans seulement deux syndicats, on peut être certain que le montant total des fonds de ce type disponibles dépasse allègrement le milliard d'euros.
De plus, compte tenu de l'ambiance générale, cela permettrait de joindre l'utile à l'agréable, en redorant - et de quelle façon ! - l'image du patronat.

Que demande le peuple ?


* Groupe des Industries Métallurgiques

Commentaires

Curieuse affaire que celle de la caisse noire de l’UIMM. Voici qu’on nous révèle un compte secret en Suisse (Le Parisien du 7 avril) qui est clôturé depuis une bonne année. Et voilà une nouvelle affaire qui n’a rien de bien méchant puisque le président du Groupe des industries métallurgiques (GIM), Etienne Bernard, explique tranquilllement que ce compte n’avait "plus de sens". Que se passait-il dans ce compte ? Etienne Bernard répond : "Je n’en sais rien, je ne peux interroger les morts".

La vraie question est pourtant bien de savoir d’où venait l’argent qui alimentait ce compte ainsi que d’autres. Là, personne ne répond. Or, nous révélions dans un numéro de Politis daté du 30 avril (voir l’article en accès libre "Mauvais fonds") les mécanismes qui ont permis d’alimenter ces fameux comptes de l’UIMM-GIM. Et nous parlions déjà de ce GIM et aussi de la fédération des industries mécaniques (FIM), qui regroupe une cinquantaine de syndicats patronaux. GIM et FIM, disions-nous, n’ignoraient rien des mécanismes permettant d’alimenter la caisse noire et les fameux comptes. Pas besoin d’aller en Suisse pour le découvrir.

Le GIM (1), principal syndical patronal, détenait depuis plus de quarante ans un compte bancaire à la PKB de Genève dans le plus grand secret, apprend-on. Mais, heureux hasard, le compte a été clôturé en 2008. Pourquoi ? En raison du scandale de l’UIMM, révélé en septembre 2007. Osons dire que ces puissantes organisation ne voulaient qu’on en sache trop sur la provenance des fonds amassés, c’est-à-dire plus de 700 millions d’euros identifiés dans le cadre de l’enquête du juge Roger Le Loire.

Le juge chargé de l’enquête sur la caisse noire de l’UIMM détient pourtant de précieux témoignages sur la provenance de ces fonds. Dont celui d’Annick Lepage, ancienne chargée de mission de Mécavenir, association chargée de la formation professionnelle au sein de la FIM. Annick Lepage avait notamment une intéressante mission : elle consistait à mettre fin à des "dysfonctionnements importants" dans un centre de formation. En clair, elle décrit un certain nombre de détournements de fonds de la formation professionnelle.

Elle présente en 1997 un dossier dit "sensible" par sa direction, qui sera transmis à Jean-Loup Giros. Qui est-il ? L’ex-président du GIM, l’ex-trésorier de la FIM et l’ex-président de l’Aforp, un important centre de formation du GIM. Le même GIM qui avait un compte secret en Suisse… Et qui s’agitait dans les années 2000 quand l’une de ses salariées rendait compte des comptes domiciliés à la Caisse des dépôts.

Le même Jean-Loup Giros, auquel à succéder Etienne Bernard (président du GIM depuis 2004), déclare au passage (Le Parisien du 8 avril) que le compte du GIM en Suisse n’a "servi à rien" : "Jamais, depuis sa création, ce compte n’a été actif". Ah bon ? Mais comment a-t-il été alimenté ? Pas seulement par les cotisations des 2700 entreprises adhérentes. Et où sont les autres comptes ? "Mon dossier a provoqué de nombreuses réunions avec les hautes instances de la Fédération des industries mécaniques, de l’Union des industries métallurgiques et minières et le Groupement des industries métallurgiques (sic)", explique cette dame qui ne comprenait pas à l’époque qu’elle avait découvert une partie d’un circuit fort nauséabond.

Que nous dit le dossier sensible signé par un dirigeant de la FIM ? D’abord que l’existence de comptes domiciliés à la Caisse des dépôts par le biais de l’association des anciens élèves d’un centre de formation, avec des mouvements de fonds importants, était chose courante. "des membres de la famille des "permanents du système" (qui) bénéficient des retours sur commissions par le biais de la création d’entreprise qui produisent des fausses factures ; des permanents d’organisations professionnelles (qui) se font rémunérer par des interventions en tant que "conseiller en …" Des bricoles qui ont été évaluées à plus de 1,2 millions d’euros en un an et demi. Pas mal.

Annick Lepage a aussi le culot d’affirmer que les membres de la FIM, de l’UIMM et du GIM étaient "parfaitement au courant du système mis en place". En 2000, écrit Le Parisien, le nouveau délégué général du GIM, Pierre Chasseguet, "décide de remettre d’équerre les finances de cette vieille maison et embauche un expert-comptable chargé d’auditer les comptes chaque année mais sans pour autant les divulguer". Ce sont les services de Jean-Loup Giros et de Pierre Chasseguet, note Annick Lepage, qui "établissait le montage de mon dossier de licenciement". Pas très moral tout ça. C’est sans doute pour cette raison que le dossier d’Annick Lepage n’est pas encore sur la place publique…
Thierry BRUN - Politis

Ecrit par : alepage | 15 avril 2009

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