06 mai 2009
LUEURS D'ESPOIR AFRICAINES
Dans la logique de mon papier du 13 avril "Afrique, malheureuse Afrique ! ", réjouissons-nous de constater que la justice française commence à s'intéresser de très près - je veux dire judiciairement ! - aux quelques menus avoirs de trois chefs d'états africains. Enfin !
Quitte à jouer....
Sans revenir sur le fond de mon article, j'y estimais en gros que la France, quitte à fermer les yeux sur la
vénalité de ces présidents pantins, aurait pu exiger en échange de sa coupable clémence un maximum d'efforts économiques et sociaux pour les peuples de leurs pays respectifs.
La moralité n'y aurait pas gagné - ni perdu d'ailleurs ! - mais au moins des millions d'Africains seraient sans doute plus heureux de vivre.
Autres atouts :
- en quarante ou cinquante ans, l'exemplarité de ces pays aurait pu faire tâche d'huile dans d'autres pays qui ne sont pas mieux lotis !
- les peuples concernés rêveraient sensiblement moins de venir en Europe, faux Eden et miroir aux alouettes, pompe inextinguible d'une immigration sauvage.
Depuis 1958 et la fameuse politique africaine du Général De Gaulle - avec le ténébreux Jacques Foccart comme bras armé et chef occulte de révolutions de palais - aucun gouvernement n'a osé prendre ce problème à bras le corps. Nous sommes tous fautifs, sans exception.
Eh bien, une Juge s'en occupe !
J'ignore si le pouvoir politique ou Total souhaiteraient qu'elle développât moins de zèle, souhaitons que non, mais la juge Françoise Desset a reçu et accepté une plainte* pour "recel de détournement de fonds publics, blanchiment, abus de confiance et complicités",
le tout à l'encontre d'une bande de trois : Messieurs Sassou-Nguesso (Congo), Bongo(Gabon) et Obiang (Guinée Equatoriale).
Soyez convaincus que cela va faire du bruit, en tout cas un temps ! Une telle affaire place sans aucun doute notre Président dans une situation délicate, la France ayant de nombreux actifs industriels et intérêts pétroliers notamment au Congo et au Gabon.
Un long chemin reste à parcourir
Cela fait des années que la chasse a commencé.
Nous n'en sommes pas encore à la citation à comparaître, à la mise en examen et encore moins au mandat
d'arrêt international, mais la chose est désormais et officiellement sur le place publique. C'est une première ! Soulignons l'opiniâtreté, la pugnacité voire le courage des associations* et des avocats chasseurs. N'oublions pas qu'ils risquent leur peau !
Bien sûr, il est hélas peu probable que ces "Chefs d'état" sans scrupules fussent un jour jugés et incarcérés.
Une telle procédure est cependant de nature à sérieusement ralentir leurs probables exactions financières et celles de leurs petits camarades !
Je ne sais pas vous mais moi, en plus des présomptions de non innocence et des crimes financiers qui leur sont reprochés, j'ajouterais volontiers "crime contre l'Humanité".
Je forme le vœu que ce dossier soit en haut de la pile sur le bureau de notre Président.
Une affaire dont le réglement judiciaire ne déparerait pas dans les décisions et le chemin vers une nouvelle gouvernance mondiale.
* les ONG Sherpa et Transparence-International
16:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, afrique, sassou nguesso, bongo, obiang, justice
13 avril 2009
AFRIQUE, MALHEUREUSE AFRIQUE
Ces régimes qui assassinent leur peuple
L'exemple du Congo est symptomatique du mal qui ronge une grande partie des états africains. Ce petit pays pourrait être la Suisse de l'Afrique équatoriale.
Un pays riche...
Avec une forêt et de l'eau, une agriculture et une cote exploitable pour le tourisme, du pétrole et du minerai et enfin, avec un port qui fut l'un des grands points d'entrée de toute l'Afrique de l'ouest, le Congo avait tout pour réussir. Au lieu de cela, les régimes qui se succèdent depuis quarante années prennent bien soin de cantonner leur peuple dans la misère. La nature comptable ayant horreur du vide, ce passif humain se transforme en actif patrimonial : propriétés somptueuses et comptes en banques bien fournis en Europe et dans le monde.
...dans des mains sans scrupules
Ayant quelque raison de bien connaître l'histoire depuis 1990, la démocratie et la prospérité n'ont jamais été l'objectif des Présidents Sassou-Nguesso ou Lissouba (Président "élu" en 92 et renversé en 97).
Coups d'état permanents, assassinats politiques, milices personnelles, pressions, détournements divers et corruptions sont le seul lot de ce pays à la dérive.
L'Occident, qui n'est pas étranger à cette situation, ferme les yeux, la France en tête. Passées quelques opérations nous permettant de nous donner bonne conscience, le grand secret se trouve du côté de Total, ou plutôt historiquement du coté de la société Elf.
Ceci n'est pas un scoop, mais récemment l'affaire de la maison du Vésinet de Sassou-Nguesso(ci-dessus), ou les démêlés judicaires d'Omar Bongo (Gabon) ravivent le sujet.
Au nom des intérêts français
Depuis cinquante ans dans cette contrée du monde, la seule chose qui compte pour la France est la préservation de ses intérêts pétroliers. Tous les pays adoptent cette posture, Chine incluse.
Peu importe le régime en place, du moment que celui-ci s'engagent à protéger nos actifs locaux, en échange de générosités en tout genre.
Il fut même un temps où la position du pétrolier semblait pratiquement hors du contrôle de l'état français. Obéissant à un réseau de décisions mystérieux et secret, notre politique africaine avait un bras armé, Elf, sans aucune autre préoccupation que la sortie constante et la sécurisation de l'or noir.
Parions que la politique de Total aujourd'hui perpétue la tradition, y compris au Gabon, beaucoup plus riche encore en pétrole off shore que le Congo.
Ce que je ne parviens pas à comprendre
La protection de nos intérêts est légitime. Mais pourquoi accepter de fermer les yeux sur les agissements de ces dictateurs et présidents à vie qui comptent parmi les plus grandes fortunes personnelles de la planète ?
En échange de notre permissivité politique et même financière, pourquoi ne pas imposer la construction de routes, d'écoles, un vrai système de santé, des hôpitaux...etc ?
En un demi-siècle que de chemin et de progrès auraient été faits !
Angélisme, pas si sûr !
Les peuples de nombreux pays africains sont la source intarissable d'une émigration massive dans nos démocraties. Tout le monde sait que la réduction de ses flux passe par la croissance des pays africains qui viendrait considérablement réduire cette pulsion migratoire. Dans ces conditions, pourquoi en arriver à supporter ces régimes politiques qui ne font rien ou si peu pour tirer leur peuple vers le haut ?
C'est un des grands paramètres du déséquilibre Nord Sud.
Je n'ai pas lu une seule ligne sur ce point crucial et sensible dans les comptes-rendus du G20.
En complément des listes des paradis fiscaux, j'aurais apprécié de voir des listes noires et rouges des pays où la corruption est élevée au rang d'institution.
Les amoureux de l'Afrique
En France, nous avons deux personnalités qui rêvent de voir l'Afrique reprendre son destin en main : Erik Orsenna et Denis Tillinac. L'un plutôt de gauche, l'autre plutôt de droite, ils ont la passion africaine dans leurs gènes. Leurs sangs sont afro-compatibles !
Se retrouvant sur ce terrain, ils œuvrent parfois même parfois ensemble pour sortir ce continent de l'ornière.
Que ne les écoutons pas d'avantage !
Au moment où une nouvelle gouvernance mondiale est au coeur des débats, il serait temps d'avoir le courage de traiter cette lèpre qu'est la corruption et la cupidité de certains rois africains.
NB : Tillinac vient de sortir "Rue Corneille" (Ed. La Table ronde); je vous le recommande.
13:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique étrangère, afrique, congo, gabon, tillinac, orsenna

